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Billets Dumeur

Cher monsieur le crabe

Tu permets que je t'appelle comme ça ? Je ne sais pas pourquoi, bizarrement je te vois comme une entité masculine, no offense vraiment, pis je ne suis pas sexiste je le rappelle.

Cher monsieur le crabe donc, on s'est un peu côtoyé ces dernières années via des personnes chères en qui tu t'es immiscé, maintenant ça s'est plutôt bien passé vos cohabitations. C'est qu'apparemment de plus en plus on arrive à t'oublier, jusqu'à un répit de plusieurs décennies des fois ; j'ai même vu des vieux warriors à qui tu avais fait des soucis quand ils étaient jeunes, puis pan plus rien.

T'es parti chez d'autres, faut croire, ou alors on arrive mieux à t'écarter maintenant.

No offense vraiment. Je ne suis même pas en colère contre toi, c'est dire.

T'as même failli attaquer la Dumeurie en début d'année. "Kyste suspect à l'ovaire" qu'il avait dit le radiologue à ma sœur. Et là, la mère Dumeur est intervenue, elle a dit : "y'a jamais eu de crabe chez nous, c'est pas maintenant que ça va commencer". Je ne sais pas si elle t'a foutu les boules mais en tout cas tu ne t'y es pas collé en Dumeurie ; pire que la chimio et les traitements agressifs : la mère Dumeur. Barrez-vous la voilà, elle va vous démonter la gueule.

Nan t'es parti ailleurs, dans des contrées montagneuses paisibles et sereines jusqu'à maintenant. Et de façon splendide, bravo !

Tu nous as surpris par la rapidité de ta violence. BOUM DANS VOTRE TRONCHE SANS AVERTISSEMENT ! ALLEZ MAINTENANT DEMERDEZ-VOUS !

Tu vois ma mère ne t'appelle même pas monsieur, elle te pisse à la raie, mais moi non. Je ne sais pas si c'est de la peur, sûrement un peu, mais c'est surtout du respect. Parce que contrairement à un virus apporté par d'autres, ou un accident externe, monsieur le crabe toi tu viens de nous. Tu fais partie de nous, tu es un bout à nous. On peut se mettre en colère contre un bout de nous, oui c'est faisable, mais je me demande à quel prix ? Combattre contre soi même c'est space quand on y pense. Donc là vois-tu je suis sur le cul, et on est une petite dizaine je dirai à se sentir minables et inutiles en ce moment, à se demander à quoi ça sert et à être complètement anesthésiés par la suite des événements qu'on arrive même pas un temps soit peu à anticiper.

Une vie au jour le jour. Je crois que c'est ça le plus violent pour moi. Une de mes principales défenses est d'essayer de tout anticiper, de tout contrôler et de ne pas laisser de place à des possibilités infimes de grains de sable. Oh ce n'est pas la première fois que ça s'enraye, mais à ce point, si.

C'est qu'en Dumeurie on est un peu des warriors de l'existence qui tourne mal. Je ne dirai pas qu'on est immunisés contre tout, c'est faux, mais mine de rien ça fait des décennies qu'on se prépare à des trucs monumentaux, donc ça nous aurait moins pris de court si ça avait été chez nous. Pis nous on t'aurait dégagé vite fait tellement là dedans c'est invivable et tellement on parle fort tout le temps avec des joues toutes rouges tout le temps.

No offense, c'est pas qu'on veut pas de toi, vraiment, mais c'est qu'on fait peur à un tas de monde.

Mais là je dois dire que t'as vraiment fait fort. T'immiscer dans leur vie franchement.

Ca fait quelques jours que je pense à toi et aussi à t'écrire une lettre. Tel que c'est parti je ne pense pas que ce sera un traité de paix qui va aboutir à une entente fraternelle sur des décennies. Par contre j'aimerai bien, juste pendant quelques semaines, quelques mois et plus encore mais bon je ne veux pas t'embêter, que tu fumes le calumet de la paix et que tu fasses une trêve. Laisse lui du temps, toi qui est un bout d'elle.

Et je mets Elvis de mon côté aussi tiens, sait-on jamais :

 

 

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