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Billets Dumeur

Chère Maryse

Si je vous écris aujourd'hui c'est que ma lettre à monsieur le crabe qui ressemblait fort à une prière, n'a pas atteint son destinataire.

Chère Maryse donc, celle que j'appelais aussi par son nom de famille pour déconner, parce que depuis que j'ai épousé votre merveilleux fils, je porte le même, de nom. Des madame comme vous Maryse, y'en a encore mais clairement ça ne va pas être le même délire. C'est que j'ai vu mon nom, votre nom, sur une plaque gravée sur un cercueil hier après midi et ça m'a rendue toute chose, et je ne pourrai pas déconner avec les autres madame comme vous de la même manière.

A vous aussi je voulais écrire une lettre, avant celle à monsieur le crabe d'ailleurs, et je me suis dit : "ah ben non quand même, elle n'est pas mourante, les mots qui défilent dans ta tête ça fait un peu longue épitaphe, quand même, non ?". Ben non au final, non. Ils étaient complètement appropriés mes mots, beaucoup visionnaires et très surréalistes encore.

C'est comme dirait l'autre : "la mort est comme une chose impossible", effectivement dans votre cas elle l'est encore plus. Impossible. Il y a trois semaines on vous diagnostiquait un crabe, la semaine dernière on vous injectait 3 chimios d'affilée, et dimanche vous mouriez.

Dimanche on nous a appelés à 6 heures et quelques du matin, pour prendre la relève à l'hôpital car il fallait vous veiller. Sur le chemin qui nous séparait de vous, nous avons vécu des moments magiques encore plus surréalistes que la brutalité de votre maladie et de votre lutte vaine. Des renards traversant la route, des milans par dizaines guettant la proie du matin, des chiens fous s'agitant sur un sac rouge, et ce soleil, ce soleil éblouissant sur toute cette nature qui se réveillait. Et vous, vous mouriez.

D'ailleurs quand nous sommes arrivés vous étiez morte. L'homme de votre vie a dit : "c'est fini". Nous pensions encore avoir le temps, toujours avoir le temps, étirer ce temps pour rester encore avec vous. Vous êtes partie sans vous en apercevoir. Enfin peut être un peu si, mais pas complètement. La veille de votre hospitalisation vous nous avez regardés et avez simplement dit : "putain". Ca résumait bien la situation. Et puis samedi soir, vos derniers mots ont été : "mais où est-ce que vous allez manger ce soir ???", sur un ton à la Maryse, très aimable et très attentionné surtout à l'égard de vos proches.

La Maryse comme on vous appelle là bas dans le Cantal. La Maryse qui faisait à bouffer pour un régiment, avec des pommes de terre en entrée, en plat, au déjeuner et au dîner ; vous étiez ma terreur diététique. Vous êtes morte d'ailleurs en croyant que la patate était un légume. La Maryse qui préparait ses menus des mois à l'avance, essayant d'harmoniser tout ça, la Maryse ayant emporté dans sa tombe la terrible recette inimitable du choux farci (oui ça tournait pas mal autour de la nourriture faut dire) ; la Maryse au sarcasme facile avec l’œil plein de conneries à venir, qu'est-ce que c'était marrant quand on faisait du ping pong verbal toutes les deux sur votre rejeton. La Maryse cul gelé qui a beaucoup contribué au réchauffement climatique avec ses flambées qui atteignaient les 26° in situ. La Maryse qui a refusé qu'on s'enquille un deuxième bocal de mirabelles à la gnôle un Noël (mais qui a bien boulotté et siroté jusqu'à la dernière goutte le premier avec nous, elle qui ne buvait jamais, ça lui a fait tout drôle). La Maryse qui nous a mis la race aux Mille sabords en juillet dernier. Chanceuse au jeu, heureuse en amour, oui c'est possible.

La Maryse qui était assise à mes côtés à notre mariage.

Le temps qu'on a passé sur la terrasse, chez vous, à ne rien dire et à prendre le soleil, en regardant le petit insecte colibri butiner vos géraniums. Je l'ai vue hier soir encore la petite bestiole, mais vous n'étiez plus là pour me soutenir dans ce silence assourdissant que vous nous avez laissés. La voix cassée, les mitrailles verbales plein la bouche, les conseils et invitations étant en fait des ordres ("reprends en !!!!!"), les objets que vous laissiez tomber une ou deux fois par jour, vous en faisiez du bruit et ça nous allait très bien.

Je ne vais pas réussir à terminer cette lettre comme je l'aurai voulu, parce que j'aurai voulu ne jamais l'ébaucher dans ma tête, ne jamais la coucher ici. Ou alors très vieille et vous plus encore. Nous allons essayer de vous rendre hommage chère Maryse, votre fils en continuant à faire tomber des objets aussi, à lire et à écrire tous les soirs en pensant à vous, à contrôler la compta et l'administratif de ces deux autres hommes qui sont seuls maintenant sans vous. Moi en étant naturelle, au final, je ne vais pas me forcer, c'est que je vous ressemble un peu.

Mais pour la patate ça ne va vraiment pas être possible Maryse.

 

Et on termine en chanson avec le King que je n'arrête pas d'avoir dans ma tête aussi en ce moment :

 

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