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Billets Dumeur

De la créativité du Bisounours



 

J'ai failli intituler ce post "Chère Fred" mais comme en général c'est pour ouvrir des hostilités, aujourd'hui là n'est pas la question. Alors Fred c'est l'une de mes tavernières préférées (l'autre favori étant un tavernier) et un soir, il y a 15 jours/3 semaines, elle m'a sortie avant que je me pinte au ti'punch et que je commence à sortir des insanités avec la même rapidité que la mère Dumeur, que mon blog ressemblait de plus en plus au Gault et Millaut, que c'était beaucoup moins "trash" qu'avant et que même je perdais mon humour.

 

« On dirait que tu découvres la vie » elle m’a même sortie cette pimbêche.

Vous voyez j'ai mis 15 jours/3 semaines à répondre (et à faire un post tout court), donc c'est le signe qu'elle a un peu raison la Fred ; en d’autres temps j’aurai sorti le lance flammes aussi rapidement que des excuses sortant de la bouche de Ségolène Royal.

Et de jour en jour je constate que moi aussi j'avais raison. Autrefois. Quand je disais que les tourments humains seuls pouvaient engendrer une brillante résilience artistique. En gros pour ceux dans le fond, plus tu en chies, plus tu es susceptible de faire du caca en métal précieux. Et plus t’as rien à signaler, moins tu fais des trucs d’exception. Non pas que je me considère comme exceptionnelle ou brillante (voyez je suis devenue modeste aussi, pinaise ça va mal !) mais force est de constater que faire le crawl dans le bonheur, ça aide pas à sortir des saillies verbales dumeuriennes.

Petit comparatif pour illustrer tout ce bon fondement.

Voilà deux biographies bien distinctes, saurez-vous les rattacher à la bonne œuvre ?

1. Michel Ange. Je suis un artiste né en Toscane et mes œuvres sont les plus emblématiques de la Renaissance italienne. Peintre, sculpteur, architecte, poète, je suis un touche à tout de génie, on me doit notamment les célèbres peintures de la chapelle sixtine ainsi que le sculptural David. Agé de 6 ans je perds ma mère et me fait élever par ma nourrice ; mon père ne me recueillera que vers 10 ans. Battu par ce dernier quand j'ose dessiner, je suis jalousé et détesté du fait de ma personnalité immensément créative et aussi terriblement méprisante et irascible, je refoule ma sexualité ambigue en permanence, et me tiraille entre mes bondieuseries et mes désirs humains que je transcende dans mes sculptures notamment, viriles et manquant parfois de véracité naturelle. Je meurs chaste, après 89 années de solitude, sombre, mais autant haï qu'adulé après une vie intense, à travailler " à travers toutes les difficultés qui viennent des choses et toutes les peines qui viennent des hommes dans la sublime vision de [mon] art, arrêté et contrarié par l'existence au milieu des splendides beautés [que j’]entrevois, mais plus fort que les événements qui passent"*.

Candidat n°2, attention je vais vous refaire le coup du Lepers : je suis je suis ! Josette, âgée de 62 ans, je suis née dans la Haute Vienne, je m'occupe de mon premier petit enfant depuis la retraite, et j'adore changer les couches pendant qu'il gazouille, il est trop choupi. D'un naturel ouvert, je suis très appréciée dans mon club de bridge où j'organise des voyages à travers l'Europe. Avec mon mari Roger nous ne sommes disputés qu’une seule fois, au sujet de la couleur du break que nous voulions acheter ; d’ailleurs j’ai fini par gagner à force d’arguments que la décence m’empêche de mentionner. J’adore toutes les fêtes traditionnelles et plus particulièrement Noël où je m’éclate comme une petite folle, à faire des décorations pour le sapin et du pain d’épice en forme de cœur.

 

Maintenant valà les œuvres en question :

 

 

 

 

Donc kissé ka fait quoi ? Avouez que je vous ai pas mal aidé quand même.

 

C’est flagrant non ? Et les exemples sont foison dans le milieu artistique, y’a qu’à se pencher pour en ramasser ; allez cette fois je vous la fais plus courte :

 

Monsieur « je me baigne heureux tout habillé dans le Mississippi – ce qui est inévitablement le signe d’une excellente santé mentale – et meurs noyé en quelques secondes, emporté par un courant,  à l’âge de 30 ans » :

 

 

 

 

Et Madame « je me tape Johnny Depp » :

 

 

 

 

Si ce dernier exemple ne vous convainc pas, penchez vous un peu sur les paroles d’Hallelujah (OK à la base ça a été écrit par Leonard Cohen, mais avouez que la version Buckley est tout de même plus mystique et torturée), que je ne me donnerai même pas la peine de traduire :

 

"Well maybe there's a God above
But all I've ever learned from love
Was how to shoot somebody who'd OUT DREW YA
And it's not a cry that you hear at night
It's not somebody who's seen the light
It's a cold and it's a broken Hallelujah"

 

Et celles de « Divine idylle » :

 

"Je te vole une plume
Pour écrire une rime
Au clair de la lune
Mon amie l'idylle

Mon homme idéal
Arme à l'âme fatale
Ma folie, mon envie, ma lubie, mon idylle"

 

 


………………………………………………………………………………………………

 

Sans parole, ça aussi ça parle de soi :

 

 

Edvard Munch, peintre.

 

 

Christophe Martin, créateur chez Castorama.

 

Tout ça pour te dire Fred, que loin de me comparer même avant à Michelangelo, Munch ou Jeff Buckley, maintenant je lorgnerai plutôt du côté des Josette, Vanessa et Christophe. Et même que je dis ça sans mépris aucun, c’est dire à quel point l’eau saumâtre a coulé sous les ponts. J’espère néanmoins qu’il me reste quelques fulgurances à tes yeux entre les "oh c'est trop choupi" et "mais c'est tellement meugnon !!!!!!", la preuve l’autre soir, faut me saouler la gueule pour que la Dumeurie rejaillisse dans sa superbe.

 

Sinon à venir ma recette de cuisine sur le macaron à l’eau de rose, mais je vous laisse, d'abord faut que j’aille acheter avec Johnny le sapin pour la Noël.

 


*extrait de ÉTIENNE BRICON, article «Michel-Ange» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie», [191-?]. Tome vingt-troisième, p. 917-921


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