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Billets Dumeur

L'été meurtrier

Un vrai travail

 

Je disais dans un récent billet que je m’étais taffiolisée ; alors certes j’ai mis de l’eau d’Auvergne dans mon vin de porto, mais de temps à autre l’orage couve. Il y a de beaux éclairs lusitaniens dans le ciel bleu. Bref ça chie des bulles quoi. Tous les matins de jour ouvrable, mon mari et moi nous petit déjeunons en écoutant Europe 1. Je vous rassure les autres jours nous avons autre chose à foutre et à écouter mais là n’est pas le problème. Le problème est que, tous les matins, Europe 1, et encore plus pendant la période juillet-août – où en France une centrale nucléaire pourrait exploser qu’on ne pourrait rien y faire car il faudrait attendre le retour de congés des employés en septembre – diffuse des « reportages » éminemment intéressants et allant probablement changer la face du monde, sur le prix des cornets de glace qui a encore augmenté (la faute à la gauche) ou sur Mme MICHU qui a une boutique de parapluie en pleine expansion grâce à la météo de cet été (la faute à la droite). Alors je suis médisante parce que je suis sûre qu’il n’y a pas qu’en France que tout dort et comate en été, je pense que c’est partout pareil dans le monde, vu que les médias n’ont guère relayé d’évènements exceptionnels venant d’ailleurs.

 

A part une légère broutille en Syrie, et à part aussi, une nana se faisant traiter de chienne à Bruxelles parce qu’elle l’avait sûrement cherché à en croire certaines de mes collègues féminines. Mais à part ça rien. C’est chiant le monde, c’est monotone, c’est l’été partout en juillet-août et tout le monde cherche à se faire son petit mélanome collé serré sur la plage de sable fin.

 

Là on s’était dit avec mon cher et tendre que peut être les affaires croustillantes allaient reprendre vu que TOUT LE MONDE était rentré de vacances, bé… non. Vraiment non. J’ai même vu une couv’ d’un journal respectable à gros tirages où sur fond noir une guerre se déclare entre… Valérie TRIERWEILER et Ségolène ROYAL. Mais à part ça on chie sur Voici hein. Donc hier sur les antennes d’Europe 1 (pis à mon avis sur celles d’autres médias y’a pas de raison) reportage sur les chômeurs, qui pour la première fois depuis fort longtemps, dépasse les 3 millions en France. Bien sûr la radio a préféré interviewer des gens dans la rue ou à Pôle emploi qui avaient quelque chose à dire. Bien sûr. Et qui sont très représentatifs probablement des « sans emplois » en France.

 

Alors en 3 lignes l’intervention d’un grand monsieur inscrit à Pôle emploi.

 

« Oué ben c’est bon quand est-ce qu’on va nous proposer un vrai travail ? chai pas moi derrière un bureau. A manager des gens ».

 

Fin de l’intervention. Arrêtons nous point par point sur ces déclarations brillantes.

 

« Oué ben c’est bon quand est-ce qu’on va nous proposer un vrai travail ? » : là je remarque deux faits intéressants. 1. depuis que notre cher ex président a déclaré qu’il y avait des vrais emplois et des faux emplois, le péquin moyen reprend les mêmes expressions. Ce qui est captivant c’est qu’il précise juste derrière ce que ça veut dire pour lui un vrai travail, je vais y revenir. 2. Il emploie aussi le verbe « proposer ». Alors je dois être très conne et très bien élevée, parce que moi je pensais qu’un travail ça se cherchait et ça partait d’une démarche active d’aller vers l’autre. Je croyais même qu’on disait « demandeur d’emploi ». A part bien sûr quand on est super connu comme une vedette de cinéma où là je peux concevoir que c’est plutôt l’inverse qui se produit -  mais là le gars il a pas précisé qu’il était pote avec Spielberg - ou alors quand on est une super pointure rare dans son domaine de compétences et dans un milieu géographique donné, ça je peux le concevoir aussi.

 

Qu’est-ce que je conçois dis-donc.

 

Soit, on peut déposer un CV dans une agence d’intérim ou au Pôle emploi, donc là je comprends le terme « proposition », mais doit-on attendre patiemment qu’on nous PROPOSE UN VRAI TRAVAIL sans se remuer un tant soi peu le popotin pour accélérer le processus ? je sais pas moi, comme faire des propositions à un éventuel futur employeur ? en précisant dans la recherche, ses compétences, ses projets, etc ?

 

Donc ça se passe comme ça, trouver un emploi ? faut que je me mette à la page remarquez, moi ça fait 12 ans que je suis dans le même donc je sais plu bien comment ça se pratique. Alors mettons qu’un jour je sois en recherche d’emploi, pardon que je sois en situation qu’on me propose un emploi. Mettons. Ah tiens on sonne à la porte, qui c’est ?

 

(je vais ouvrir)

 

-         Mme DUMEUR ?

-         (moi en peignoir et la trace de bave séchée encore sur la joue) oui qu’est-ce que c’est, vous êtes pas bien de venir réveiller les braves gens qui cherchent un travail, il est que 11H30 du matin bordel ?

-         Mme DUMEUR sachez que j’ai un travail à vous proposer. Un vrai hein, derrière un bureau, pas à trier des trucs sur un rayon de supermarché ou à poser des briques sur un chantier. Sachez Mme DUMEUR que sans vous notre existence est pitoyable, notre entreprise est en train de couler, donc nous n’attendions que vous et nous vous serions fort gré de venir nous sauver, et ce bien sûr avec une rémunération adéquate, 8316€ par mois sans les primes, 10 heures par semaine, 38 semaines de congés payés et un bureau tout en cuir avec un esclave qui vous éventera quand il fera chaud. S’il vous plait je vous en supplie acceptez notre proposition à un vrai travail.

-         Non mais oh ça va pas là ?????? faut que j’aille terminer ma nuit pour ensuite attaquer ma sieste moi ! revenez me proposer un vrai travail entre 18H et 19H si je ne suis pas en train de reluquer le cul d’Alexander Skarsgard sur mon écran PC, non mais oh kiséki commande ici ???

 

(je referme la porte)

 

Conard.

 

Finalement c’est pas compliqué, comment que ça se fait qu’il y a 3 millions de chômeurs alors, faudrait juste qu’il y ait juste 3 millions de proposeurs pour régler tout ça. Allez je continue à décortiquer, donc on en est à : « chai pas moi derrière un bureau ». Ne pointillons pas sur l’utilisation du « chai pas », témoignant d’une conviction ultime personnelle et déterminée. Je vais vous proposer puisque c’est le verbe à la mode, une liste non exhaustive de faux travail et de « vrai travail derrière un bureau ».

 

vrai travail

 

Chirurgien : debout dans une salle d’op = pas de bureau, pas un vrai travail.

Participant à Secret Story : dans la piscine à oilpé en train de massacrer la langue française = pas de bureau, pas un vrai travail.

Président de la République : bureau en bois massif dans une piaule pas dégueu = vrai travail.

Conférencier à l’université : debout derrière un pupitre ATTENTION ce n’est pas un bureau sémantiquement parlant = faux travail.

Plombier : à quatre pattes sous un évier = pas un vrai travail.

Pâtissier : debout derrière un plan de travail à vider une douille = pas un vrai travail.

Serveur : debout avec un plateau à servir des têtes de cons = pas un vrai travail.

Agent immobilier : derrière un bureau à lire bêtement une annonce Internet sans savoir ce qu’on vend et se prendre des honoraires de malade = vrai travail.

Agent administratif à la mairie : derrière un bureau à se limer les ongles et à mâcher un chewing gum la bouche ouverte = vrai travail.

Jardinier : toute la sainte journée à faire pousser des trucs divers et variés dans la nature = pas un vrai travail.

 

Ceux exerçant un faux travail sans bureau apprécieront cette appréciation d’un dur labeur venant d’un expert. Mais ne soyons pas davantage médisants et analysons la dernière remarque de ce monsieur non demandeur d’emploi qui est, je cite : « à manager des gens ». Des gens. Qui particulièrement, des commerciaux ? des employés dans une usine ? des cadres dans un hôpital ? des experts scientifiques dans la police ? des gens du spectacle ? ah non non juste des « gens ». Le monsieur il n’emploie même pas le terme « équipe » qui là aurait un peu appuyé des termes pour le moins légers et évasifs, il veut (et encore c’est moi qui utilise ce terme, vouloir me semble un peu trop puissant pour lui) « manager des gens ». En gros il veut manager des personnes en nombre indéterminé, considérées collectivement, et il faut que quelqu’un lui propose ce type de poste.

 

Point.

 

Ça c’est de la vocation la vache. Je n’ose imaginer la gueule de la lettre de motivation quand les premières lignes du CV mentionnent dans la catégorie « projet » : « chai pas moi derrière un bureau à manager des gens ». J’ai comme des envies de propositions moi, ça me brûle le CDI. Si j’étais employeur, non pardon proposeur, je me magnerai vite à lancer une annonce sur le site d’Europe 1 pour le retrouver le non demandeur d’emploi qui veut un vrai travail.

 

Enfin à mon avis on lui a déjà sauté dessus en lui faisant une vraie proposition.

 

Journaliste à Europe 1. Ca paie et c’est pas compliqué, par contre faut être un peu dispo dans la journée au cas où Johnny aurait des flatulences.

 

 vrai journaliste

 

(putain si seulement il pouvait lire ses tee shirts)

 

Demain je vous propose un nouveau post intitulé : « je n’ai pas d’argent pour aller en vacances mais comme c’est la loose de rester chez soi, je mets la Rolex de mon mari au clou ».

 

 

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